Il y a quelques mois, je suis partie en retraite de yoga à Bali : cliché, n’est-ce-pas ? Oui mais voilà, je sortais d’un burn-out, j’avais eu la force de quitter mon job, mon monde s’écroulait, mon avenir s’obscurcissait : je ne savais plus de quoi demain serait fait. J’étais, il est vrai, un peu paumée. Ce voyage était une expérience forte et cette retraite aussi : ponctuée de belles rencontres, de paysages incroyables et d’exercices qui te bouleversent. Celui que j’aimerais partager avec vous est celui du « eye contact ». Je ne saurai pas dire à quel moment de la retraite notre professeur nous a présenté cette expérience. Je me souviens en revanche parfaitement de ce qu’elle a provoqué chez moi.

Le « eye contact », c’est quoi ?

Il s’agit tout simplement de s’assoir en tailleur, genoux contre genoux, face à notre partenaire, que je connaissais seulement depuis quelques jours.

Puis, c’est là que ça devient challenging : se regarder les yeux dans les yeux pendant 5 minutes, sans parler. Avez-vous déjà essayé ? Moi qui ne supporte pas le regard des autres posé sur moi, j’ai eu la sensation d’être à nue devant cette personne : vulnérable, donc. Car peut-on mentir avec les yeux ? Je ne le crois pas. Je pense d’ailleurs que notre authenticité s’exprime dans notre regard. Il ne peut pas mentir.

Nous étions donc installées là, en cercle, sur cette terrasse balinaise, au coeur d’une végétation luxuriante, le silence, la chaleur, les odeurs délicieuses. Puis, elle m’a assignée ma partenaire pour cet exercice. Celle-ci est donc venue se placer face à moi, j’étais stressée. Oui, je déteste que l’on me fixe. Le regard des autres m’a toujours dérangée. Je me sens immédiatement « mal » jugée, montrée du doigt (oui, c’est mon côté parano). Trop tard pour reculer de toute façon : je suis venue ici pour vivre des choses nouvelles, c’est le moment. Je suis mal à l’aise au début : je tousse, je bouge, mon corps essaie d’échapper à ce regard sur moi.

Une expérience bouleversante

Une expérience méditative, apaisante dans laquelle on peut plonger dans le miroir de l’âme de l’autre, sa vulnérabilité, ses peurs, sa confiance, sa force.

Au bout de quelques instants, la vue se déforme, le visage de l’autre aussi parfois. Pour ma part, ma partenaire avait de grands yeux bleus sublimes et je ne voyais plus qu’eux : son visage s’effaçait littéralement pour ne laisser place qu’à son immense regard. Une expérience méditative, apaisante dans laquelle on peut plonger dans le miroir de l’âme de l’autre, sa vulnérabilité, ses peurs, sa confiance, sa force. Elle me renvoyait aussi mon propre reflet, un peu comme si je me voyais également à travers elle, comme si nous étions liées. Tout se lit dans cet instant suspendu et silencieux.

Tout s’effaçait : la pression sociale, le regard parfois si pesant des autres, cette sensation d’être jugée en permanence dans notre société du paraître. Le temps était suspendu et après quelques secondes de gêne et de « honte » d’être déshabillée ainsi : la vérité nue apparaissait, sans jugement. Notre vulnérabilité se révélait au grand jour, notre lien à l’autre également. Je n’avais jamais soutenu si longtemps et si profondément le regard d’une autre personne : pas même celui de mon amoureux. C’était inédit, dérangeant, intimidant puis finalement apaisant.

Puis au bout de 5 minutes, notre professeur nous a demandé de fermer les yeux quelques instants, et de les réouvrir afin de partager notre expérience avec le reste du groupe. Ce moment fut intense, chargé d’émotions : certaines avaient fondu en larmes, d’autres avaient eu des visions, toutes étaient bouleversées par cette exercice en apparence anodin.

Le « eye contact » fut pour moi un vrai instant de connexion profonde avec un étranger, d’âme à âme, authentique, bouleversant.