Qu’avons-nous fait de la gentillesse ?


 

Lettre ouverte à la gentillesse

 

Souvent recherchée chez l’autre et bien peu démontrée, parfois snobée : tu me laisses perplexe.

Je t’ai souvent associée à de la faiblesse, oui, moi l’ancienne enfant timide, qui rougissait à la moindre occasion, qui recherchait l’amitié et l’approbation infinies des autres. Une fois quelques coups encaissés, on croit comprendre : alors c’est ça être gentil ? C’est recevoir un boomerang violent en pleine face ?

Alors on change, on devient dure. Plus personne ne nous fera mal, plus personne ne s’autorisera à nous rabaisser : le monde du travail est un bel exercice pour cela. Plus tu donnes, plus on te prend mais rarement on te renvoie la pareille. Alors s’endurcir semble être la seule voie valable pour devenir une « successfull » personne.

Ah, ce monde là est impitoyable et laisse si peu de place à la gentillesse et à la douceur. Et puis être gentil c’est être faible, non ? D’ailleurs les mecs gentils on en veut pas quand on a 15-20 ou 25 ans. Non, on veut les bad boys, les gueulards, ceux qui lèvent le poing avec plaisir à la moindre occasion.

Je pensais donc avoir tout bon : donner les coups avant de les recevoir me semblait être la solution et j’observais avec désolation mes amies « trop gentilles », elles n’avaient rien compris.

Oui, mais voilà : les épreuves de la vie, les changements et les belles rencontres nous font parfois regarder dans une autre direction. Il y a quelques mois de cela, ma conscience a commencé à me titiller, mon âme n’était pas d’accord. Ma violence intérieure et ma dureté ne me ressemblaient plus tant que ça et étaient-elle toujours valables ?

Alors, j’ai fait des essais : j’ai tenté les sourires, la douceur, le lâcher-prise et la gentillesse : tout d’abord avec MOI. Oh, pas d’un coup d’un seul, non, car quand on a construit une carapace bien solide depuis tant d’années il est difficile de la voir s’éloigner. J’ai donc décidé de l’ôter quelques jours, puis quelques semaines et quelques mois et d’observer ce qu’il se passait.

J’ai surtout appris la gentillesse avec moi même : m’autoriser l’imperfection, les doutes, les peurs et au lieu de me frapper intérieurement et de me méfier de tout et de rien, je me suis enlacée. Oui, un gros câlin à moi-même, quoi. Suis-je folle ? Peut-être mais c’est une bien douce folie que d’apprendre à s’aimer.

Irrémédiablement, la douceur qui vous enveloppe à l’intérieur finit par rejaillir à l’extérieur : vers l’autre, vers chaque situation désagréable ou insatisfaisante. Et si on leur faisait des hugs à toutes ces petites contrariétés plutôt que de forcer les choses avec violence ?

Au départ, imperceptibles, les changements ont commencé. Le plus grand bouleversement avec toi, chère gentillesse c’est que tu attires de bien belles personnes et de toutes aussi jolies situations.

Je me suis rendue compte que tu savais rendre la pareille, à commencer par mon petit être : pourquoi aller chercher plus loin qu’en nous ? Donner, sourire et être attentionné ou tout simplement gentil avec nous-mêmes ou comment s’injecter des shots de douceur au quotidien. C’est gratuit et c’est si bon.

La gentillesse permet donc, d’une part de faire la paix avec ce que nous sommes ou ce que nous avons été, mais également d’attirer à soi des personnes ou des situations d’une infinie douceur et prévenance.

Finalement ne sommes nous pas entourés des personnes qui nous ressemblent ? Une personne violente n’attirera-t-elle pas irrémédiablement des situations sombres et dures ?

Pour en revenir à cette notion de faiblesse si souvent associée, par erreur, à la gentillesse, ne serait-ce pas au contraire une très grande force que de pouvoir rester bon avec soi-même et les autres quelles que soient les circonstances ?

 

Be kind for everyone you meet is a hard batttle. PLATO.

 

 

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