Un jour, ma cousine d’origine hindoue m’a expliqué, après m’avoir vu chiper un fruit de la passion à Monoprix, que je risquais de le payer un jour. Je l’ai regardée me dévisager avec un œil dur, fixe, inébranlable et étant donné le sérieux avec lequel elle m’avait asséné sa vérité, je comprenais alors que cette prédiction avait un potentiel d’encrage dans la réalité assez élevé.

Elle m’expliqua alors le concept de karma. Deux minutes plus tard, je me trouvais pétrifié à l’idée que je venais de sacrifier au moins trois générations de mon moi-même.

Le karma, c’est quoi ?

Revenons à la définition de ce terme, vous allez comprendre pourquoi. Le karma, en résumant grossièrement, c’est un compte personnel, un peu comme le DIF, dont chacun est doté dès sa naissance, et dans lequel toutes nos actions sont jugées, distinguées puis compilées dans l’une des deux catégories : bonnes ou mauvaises. À la fin de ta vie, on regarde ce compte et la balance des deux camps. Si le nombre de tes bonnes actions est plus important que celui des mauvaises alors gros bon point pour toi, ta prochaine vie sera chargée en agréables surprises. Seconde alternative : ta balance penche vers le camp des mauvaises actions et là… là… tu vas douiller dans ta prochaine apparition sur Terre.

Donc je conclus ce premier chapitre par cette pensée implacable : si tu ne crois pas à la réincarnation ou à la réapparition après la mort, tu ne peux pas croire au karma et tu peux donc fermer cette page et en venir toi aussi à la conclusion que tu viens de perdre cinq minutes pendant lesquelles, à la place, tu aurais pu te masser les doigts de pieds, écrire un texto à ta tante ou bien continuer à scruter la blancheur jaunâtre du plafond de ton appartement qui te coûte un bras par mois, ce qui revient à dire qu’il te coûte forcément autre chose au bout du troisième mois.

Mais pour ceux qui croient ou qui aimeraient croire, je poursuis. À la fin de son court monologue sur le karma, je restais donc coi, piqué dans ma curiosité, pensif, pris d’un début d’appréhension, d’une montée de panique, terrifié puis horrifié. En effet, je venais dans ce laps de temps de me remémorer mes récentes actions :

  • J’avais volontairement feint de ne pas voir une femme qui demandait de l’aide pour porter sa poussette dans les marches du métro (3 pas bien).

 

  • J’avais menti à une pote pour ne pas venir à son anniversaire (1 pas bien).

 

  • J’avais renseigné, avec des mauvaises indications volontaires, un couple de touristes (1 pas bien).

 

  • J’avais maudit un enfant qui pleurait lors d’un voyage en avion jusque vouloir qu’il souffre infiniment (2 pas bien).

 

  • J’avais dit à un volontaire de la Croix-Rouge dans la rue que je ne pouvais pas m’arrêter à cause d’une urgence. Urgence qui se trouvait être : rentrer chez moi pour m’avachir dans le canapé (3 pas bien).

 

Comment s’attirer un bon karma ?

Je venais, lors de ces deux dernières semaines, de plomber au moins mes deux prochaines vies. Merde, je risquais de m’en vouloir. Mais rien n’est trop tard, je pouvais encore modifier la balance et agir en conséquence dès aujourd’hui. Désormais :

  • Je ne ferai plus semblant de ne pas avoir vu la personne âgée nécessitant ma place dans le bus.

 

  • Je ne souhaiterai plus la mort douloureuse du jeune ado qui hurle dans son portable dans le train.

 

  • Je souhaiterai une sincère bonne journée à ma boulangère à la voix nasillarde.

 

Tout ça revient à dire, au-delà de nos croyances personnelles, que nous sommes maître de nos actions, capable donc de faire du bien autour de nous et par conséquent, à nous-même. Happy End.