Je sature. Mon esprit surentrainé sature lui aussi. J’ai un poids immense sur la poitrine : je ne peux plus respirer normalement depuis des semaines. Après avoir accusé mon mec de tous mes maux je me rends compte qu’il n’en est rien et m’auto-proclame malade potentielle : cancer des poumons ? Non je ne regarderai pas sur doctissimo, sous peine de me trouver 10 maladies rares et incurables. Et si le mal s’appelait angoisse immense dont l’origine serait liée à notre style de vie ?

 

Définition de saturer du dictionnaire Larousse : Fournir ou subir quelque chose jusqu’à une quantité ou un niveau excessifs.

SUBIR. C’est cela : je subis, nous subissons, nous nous plions sans cesse à la dictature de l’image parfaite, de l’over disponibilité, de l’esprit ouvert et de la tolérance exacerbée. Subir à l’excès.

 

N’avez-vous jamais remarqué lors de vos dîners ou autre apéros dinatoires ? Vos amis ou vous-même, les yeux rivés sur votre portable : à actualiser machinalement vos boites mails ou vos fils d’actus facebook, instagram ou autre. Oui, tout en parlant, évidemment, car nous savons bien faire plusieurs choses à la fois, n’est-ce pas ? Nous sommes même très souvent passés maitres en la matière. Maitres du néant, maitres du vide.

 

Voyez-vous mon esprit est tellement entrainé qu’il peut carrément soutenir une conversation, faire un post instagram, écrire un article et consoler une copine sur whatsapp et tout cela en même temps. Mes doigts pianotent plus vite que leurs ombres et # et autres followers n’ont plus aucun secret pour moi.

 

Oui mais voilà, depuis quelques mois, je ne respire plus. Un éléphant obèse est assis bien confortablement sur ma poitrine. Il est posé, tranquille et ne compte pas partir immédiatement. J’ai essayé en vain de le déloger à coups de : c’est bientôt les vacances, aucune raison de paniquer, je vais me remettre au yoga ou à la méditation, etc, etc. Mais rien. Il a décidé de rester, déterminé je le crois à me faire comprendre quelque chose d’essentiel, quelque chose de capital. Quel est mon réflexe ? L’ignorance. On m’a toujours dit qu’il n’y avait rien de pire à faire subir à quelqu’un que l’ignorance.

 

Oui mais ce quelqu’un que j’ignore ici : c’est moi-même. Il n’y a donc rien de pire que je puisse me faire subir (et dans l’excès s’il vous plait) : ne pas m’écouter, ni même me regarder.

Il y a des choses 1000 fois plus divertissantes à observer, merde : une yogi en tutu sur snapchat, mon ex qui part en vacances avec une nana horrible (si, si : hor-ri-ble), le gosse de la pote d’un pote d’une pote, croisée une fois en soirée, qui fait ses premiers pas, un post « happy Friday » hautement élevé spirituellement, un chat qui aboie, une recette healthy à base de graines introuvables, une coach enceinte de 6 mois qui n’a pas pris 2kg et qui arbore fièrement ses abdos tablettes de chocolat…En bref : une vie trépidante, exaltante, IRRÉELLE !

 

Sommes-nous tous tombés sur la tête, moi la première, pour déambuler dans la vie comme des walking dead, les yeux rivés sur un écran, à admirer ce qui nous entoure à travers des filtres instagram ?

 

De quoi avons-nous peur ? Que cherchons-nous à fuir derrière ces écrans fabuleux ? À quoi se résume notre expérience de vie ? Le travail, la pression sociale, le lien si lointain à la nature ou aux animaux (certains résistants parisiens se lancent dans l’aventure des sorties nocturnes avec un chien, à tous ceux-là je dis bravo), une comparaison excessive avec les autres êtres de notre espèce chelou, des vacances programmées en avance dans les mêmes lieux à la mode (il n’est pas vraiment rare de croiser son collègue après avoir fait 15h de voyage), poster les mêmes photos instagram qui prouvent que, oui mec, c’est toi qui as passé les meilleures vacances, dans le meilleur endroit, avec la plus belle vue du monde et des potes ultra smile, ultra lookés, panier dans une main (parce qu’on aime l’authenticité) et verre de rosé dans l’autre (car faut pas déconner c’est les vacances, on profite).

 

Vous allez vous dire que je fais sans doute des généralités et que nous ne sommes pas totalement asservis par cette technologie excessive, que nous sommes bien conscients de ces excès et que la déconnexion serait certainement d’une aide précieuse.

Vous avez peut-être raison : il nous reste sans doute encore un peu de lucidité pour nous réveiller et cesser d’aller chercher en dehors de soi pour fuir la vraie belle rencontre de notre vie (non pas celle de tinder) : la rencontre avec soi.