Elle est fatiguée. Elle n’arrive même pas à prendre 1h par semaine pour se faire du bien (du quoi ?). Elle travaille beaucoup mais elle n’aime pas spécialement ce qu’elle fait. Le soir, elle n’a plus d’énergie. Le week-end non plus. De toute manière lorsqu’elle ne travaille pas elle n’a qu’une seule envie : enfiler son pilou-pilou et sauter sous un plaid. Et attendre. Dormir. Zoner. Survivre ?

Elle se demande parfois ce qu’elle fout là et se dit tout de même qu’il faudra un jour ou l’autre qu’elle songe à prendre sa vie en main. Oui mais… comment ?

Comment fait-on pour « prendre sa vie en main », pour prendre les rênes dans ce monde qui va si vite et qui nous demande toujours trop ?

Elle ose rêver parfois. À une autre ville, une autre vie. À la campagne aussi pourquoi pas. Oui car elle étouffe ici. Mais finalement est-ce la ville qui l’étouffe ou sa vie ?

Elle passe chaque matin devant ce local vide qui lui fait de l’œil et qui résonne en elle… Elle rêve de quitter son bureau et d’être proche des animaux. Elle pense que c’est risqué. Très risqué. Trop risqué. Que penseraient ses parents, ses amis, ses collègues ? Personne ne comprendrait, pense-t-elle. Alors elle étouffe ses rêves et elle continue à sur(vivre).

Vivre entre parenthèses, c’est exactement cela.

Une vie que l’on poursuit, puisqu’il faut bien payer son loyer, rentabiliser son prêt étudiant, faire comme tout le monde pour un jour devenir propriétaire, se marier ou fonder une famille. Car c’est ce qu’on attend de nous. Car depuis que nous sommes nés, nous nous prédestinons à ce chemin-là.

Parfois, ça convient. Parfois, ça coince. Car quand nous ne sommes pas en phase avec la personne que nous sommes vraiment, le corps crie et le cœur pleure. Le dos fait rage et les nuits sont courtes ou agitées. La respiration saccadée, le corps lourd le matin. Les pensées sombres. Le sourire se fait rare et la spontanéité aussi. Quant à la créativité… elle se meurt. Le masque se fissure et la vie ne nous laisse pas la possibilité de mentir trop longtemps. Non, la vie n’aime pas le mensonge et les faux-semblants. Et, plus nous évitons les signaux d’alerte, plus la chute sera brutale.

Nous avons le choix.

Oui, je sais, vous qui êtes dans cet état-là je connais vos remarques : « c’est bien beau tout ça mais qui va payer mon loyer ?? », « la vie n’est pas toute rose, on doit souffrir pour obtenir ce que l’on veut », « et si ça marche pas, je fais quoi ? », « elle vit dans le monde des bisounours elle ou quoi ? »

Non. Je suis dans le même monde que le vôtre. Simplement, j’ai réalisé que j’avais le choix. Que j’étais responsable de ma situation. Que me plaindre ne servait à rien et me taire non plus. Que ma vie passait si vite et que je me devais de la vivre pleinement. Que je n’aurai peut-être jamais ce grand appartement haussmannien digne d’un magazine de décoration d’intérieur ou que je ne serai peut-être même pas propriétaire, que si jamais j’ai des enfants ce sera peut-être pas dans une situation idéale, avec un CDI, une jolie chambre fraichement décorée et des tiroirs pleins à craquer. Mais ma liberté n’a aucun prix. Mon envie de me lever le matin non plus. Mon cerveau bouillonnant d’idées encore moins.

Je pourrais passer des heures à vous prouver qu’il n’y a pas de risques, à part celui de passer à côté de votre vie. Mais la vérité c’est que bien souvent ce ne sont que des excuses : c’est la peur la grande coupable de cette inertie. Elle vous maintient, elle vous saisit, elle vous paralyse. Elle fait de vous des pantins qui se meurent. Il suffit de prendre des décisions, de sauter, de tenter : la vie est une expérience. Je ne dis pas que c’est facile mais c’est un pas, un seul. Un pas vers vous-même.

Et si finalement vivre c’était ça ? S’aimer et être responsable. Faire du mieux que l’on peut pour soi-même. Car qui le fera sinon ?